Dimanche 9 novembre à l’aéroport de Francfort
L’arrestation scandaleuse de Rose Kabuye
Ordonnance Bruguière
On apprend que la responsable du protocole de la présidence rwandaise, Rose Kabuye, visée par un mandat d’arrêt émis par le juge Bruguière, a été interpellée dimanche 9 novembre à l’aéroport de Francfort, en Allemagne. Placée sous écrou extraditionnel, elle devrait être présentée à la justice française dans les jours qui viennent.
Neuf mandats d’arrêts internationaux auront été ainsi émis par le juge Bruguière en conséquence de son ordonnance de soit-communiqué du 17 novembre 2006 aux termes de laquelle le Front patriotique rwandais se voit accusé d’avoir entrepris l’attentat dont aura été victime Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, le premier jour du génocide des Tutsi et du massacre de tous ceux qui étaient susceptibles de s’opposer à cette politique criminelle. Les 64 pages de cette ordonnance auront été examinées en détail dans un article – tout aussi long – de Jacques Morel et Georges Kapler, paru dans le numéro 1 de la Nuit rwandaise, le 7 avril 2007. On pouvait dès lors relever que le travail du juge d’instruction parisien reposait sur des témoignages pour le moins douteux. Un de ces témoins, Emmanuel Ruzigana, aura eu l’occasion de revenir sur les conditions d’enregistrement de sa déposition par le juge Bruguière. Tout avait commencé lorsque son ami Abdul Ruzibiza – autre témoin du juge Bruguière, auteur d’un livre, Rwanda, l’histoire secrète, publié aux éditions Panama en 2005 –, lui avait conseillé de se rendre en Tanzanie. « A l’ambassade de France, on m’a donné un visa pour Paris. A mon arrivée, des policiers m’attendaient à l’aéroport et m’ont emmené chez le juge. » Comment s’était passé son audition avec le juge ? « Alors que je ne parle pas français, il n’y avait pas de traducteur, seulement une secrétaire. Je comprenais plus ou moins les questions et tentais de m’expliquer. » Au sujet de l’attentat, « comme je n’avais rien à répondre », le juge « a insisté en disant que je faisais partie des services de renseignements du FPR ». « Il m’a ensuite interrogé à propos des officiers supérieurs [du FPR], afin que j’explique comment ils avaient procédé pour massacrer les gens. » « C’est là que l’entretien a mal tourné, car je lui ai dit qu’aucun officier supérieur n’avait tué ainsi ; certes, j’ai précisé qu’il y avait eu des morts, mais dans le cadre de la guerre. » « Au fil de la conversation, je me suis fâché, car quand je donnais une réponse qui ne lui convenait pas, il disait que cela ne correspondait pas à ce qu’on lui avait raconté. » Emmanuel Ruzigana a néanmoins signé sa déposition. « Oui, j’ai signé, mais en réalité mes déclarations ne faisaient même pas cinq lignes… » « Or, dans le rapport du juge, les propos qu’il m’attribue sont bien plus longs. » Quant à son ami Ruzibiza, comment a-t-il pu écrire un tel livre ? « Mais ce sont les français eux-mêmes qui l’ont rédigé ! » Après la parution du rapport Bruguière, Emmanuel Ruzigana envoyait une lettre-ouverte au juge : « vous allez jusqu’à confirmer mensongèrement que je connaissais ceux qui auraient tiré sur l’avion, un fait que j’avais nié lors de mon interrogatoire dans votre bureau ». Un autre témoin du juge, Deus Kagiraneza, réagissait de même à la parution de l’ordonnance de soit-communiqué au nom de laquelle Rose Kabuye a été arrêtée aujourd’hui à Francfort :
« Votre rapport est faux, et manque de rigueur au niveau de l’analyse », écrivait alors ce supposé témoin à charge… Hormis cette collection de témoignages plus que douteux, « le seul élément matériel de preuve [recueilli par le juge] « est la liste des numéros des lance-missiles fournie par les FAR (…) dont la mission d’information française a déjà montré qu’elle ne prouve rien, hormis un montage conçu par les FAR avec des complicités françaises… », notaient Jacques Morel et Georges Kapler. Ces derniers pouvaient relever aussi, entre autres anomalies, que « l’accusation dressée par le juge contre Paul Kagame [et son entourage] est essentiellement une argumentation de nature politique ne s’appuyant pas sur des faits avérés ». Dans le numéro 2 de la Nuit rwandaise, paru le 7 avril 2008, Pierre Jamagne livrait à son tour un article détaillé, soigneusement argumenté, démontant point par point l’ouvrage d’Abdul Ruzibiza sur lequel se fonde essentiellement le juge Bruguière. Soulignons le fait que l’arrestation de Rose Kabuye intervient ce début novembre, alors que les autorités rwandaises ont annoncé leur intention de publier ce même mois de novembre les résultats de l’enquête spécifique qu’elles ont réalisée sur la question de l’attentat. Il semble que la mauvaise foi, animée par la passion idéologique française, soit en passe de casser les carreaux. Ou bien serait-ce que les autorités françaises considèrent suffisant, pour écarter la redoutable accusation qui pèse sur elles, de procéder ainsi à de menues diversions judiciaires ?
A lire : • Un juge de connivence ? de Jacques Morel, Georges Kapler. Analyse de l’ordonnance de soit-communiqué du juge Bruguière mettant en cause Paul Kagame pour l’attentat du 6 avril 1994 à Kigali ; • « Rwanda. L’histoire secrète » de Abdul Joshua Ruzibiza ou Mensonges made in France ? de PIERRE JAMAGNE - Présentation de Jacques Morel • Rose Kabuye arrêtée à Francfort (izuba.info) • La supercherie du juge Bruguière (propaglande.org) • L’un des témoins clés du juge Bruguière se rétracte (propaglande.org) • Un deuxieme « témoin » de Bruguière crache sur son rapport (propaglande.org)
sur le site de La Nuit rwandaise :
sur d’autres sites :





